Chu’ bourré ?….Non, je suis en Inde

Lorsque l’on rentre chez nous à peine tard le soir, autour de minuit, un brin éméché, un brin fatigué, on fait face à une scène qui à chaque fois nous surprend, mais surtout nous attriste. Cette scène se déroule sous nos yeux, devant notre porte. Pour mieux vous plonger dans cet univers étrange, je vous invite à visionner cette vidéo qui très certainement va vous interloquer.

Non ! Il ne s’agit pas de s’offusquer du Kolam autocollant de très mauvais goût que l’on voit au début la séquence, mais plutôt de ce petit être fragile que l’on voit en plein repos. Quoiqu’il arrive les voisins sont responsables des deux, de l’autocollant comme de cet enfant qu’ils font dormir sur le palier. Dans quelles conditions vit ce jeune homme ? Difficile d’y répondre, nous essayons de décrypter des éléments lorsque la porte des voisins s’ouvre, lorsqu’on le croise dans l’escalier… La seule chose que nous avons constaté, c’est que cet enfant est maigre, un regard anémique chargé de faiblesse, mais aussi qu’il semble vraiment très jeune. A le regarder on lui donnerait 12 ans à tout casser. En dormant à même le sol, ses compagnons nocturnes, outre les moustiques, sont des cafards de taille plus que raisonnable, que l’on découvre agonisant le lendemain matin un étage en dessous. La lutte doit être terrible, mais ces batailles enfant contre arthropodes restent dans le secret de la nuit…

Comment se fait-il donc que nos voisins aient un jeune serviteur, le terme esclave conviendrait mieux, et qu’ils ne soient pas en mesure de lui fournir des conditions de vie décentes, au moins le faire dormir chez eux? Comme on raconte ici, un enfant en Inde peut s’acheter une cinquantaine d’euros. Nos voisins auraient-ils acquis cet enfant sur le vaste marché d’humains composés de familles miséreuses cibles des trafiquants cupides qui n’ont guère de mal à écouler leur stock d’enfants dans diverses activités? Nous imaginons toutes les possibilités.

Pour remédier à ce problème, des ONG s’activent en Inde pour lutter contre le trafic humain, le trafic d’enfants, mais également le travail forcé. L’une de nos amies, une indienne, travaille dans une de ces ONG et s’est penchée sur notre cas. Ce n’est pas une mince affaire car il faut pouvoir discuter avec l’enfant pour en savoir un peu plus sur ses origines, son âge, les conditions de son emploi etc… Elle est donc venue à trois reprises avec son équipe d’enquêteurs. Nous avons donc attendu pour être assuré que les voisins n’ouvriraient plus la porte et que l’enfant aurait bien gagné sa couche. Une ou deux fois, la jeune équipe d’enquêteurs fut prise en flagrant délit car les voisins ont ouvert la porte par surprise. Ils ont siffloté et fait semblant de danser en rentrant chez nous. Une fois la voie vraiment dégagée, ils sont allés à pas de loup auprès de l’enfant. Il faut amadouer l’enfant qui peu nourri semblait ravi de se voir offrir des sucreries. Hélas, bien que cela lui ait délié la langue la vérité n’est jamais sortie de sa bouche. Une première fois il avait 13 ans, des parents dans le Bihar (une région très pauvre du nord de l’Inde), et un oncle qui habite à Bombay et qui récupère le salaire du petit. Il a émis le souhait d’aller à l’école où il n’a jamais quasiment été. Une autre fois une semaine après, comme par miracle il avait 14 ans et ne venait plus de la même région, en plus ses parents travaillaient sur un chantier à Bombay. 14 ans c’est l’âge auquel un indien peut commencer à travailler, mais aussi la fin de l’école obligatoire. L’enquête fut peu concluante et l’équipe ne put mener à bien sa mission renonçant à faire parler cette enfant qui mentait.

J’ai alors demandé de mon côté à mon propriétaire quelques précisions sur le jeune esclave. Nouvelle personne, nouvelle version : 15 ans, vient de l’Uttar Pradesh (Autre région très pauvre de l’Inde, la plus peuplée 200 millions d’habitants), j’apprends aussi que lors des réunions de copropriétaires, nos voisins affirment que l’escalier est à eux et qu’ils peuvent bien faire dormir quelqu’un dedans…

Aujourd’hui rien n’a changé. Pourquoi ces mensonges de la part de l’enfant ? Peut-être est-il plus heureux ici que de là d’où il vient. Peut-être qu’il est réellement payé pour le travail qu’il fait. Peut-être a-t-il a préféré le mensonge pour se protéger et éviter de se retrouver dans une situation immaitrisable. Il y a bien d’autres « Peut-être »… Qu’aurait pu faire l’ONG dans le cas où l’enfant aurait effectivement été acheté? Démanteler un potentiel réseau de trafic d’enfants, Accuser nos voisins d’avoir acheté un enfant, Permettre à ce garçon d’avoir une éducation tout en travaillant…

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A propos kharwest

Nous sommes partis découvrir comment on vivait dans le sous-continent indien. Résultat des courses, une installation à Bombay dans le quartier de Khar West.
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