Emeute et carnage dans le Rajasthan, l’Inde moderne, pacifiste et laïque?

Bien loin des tentatives d’organisation d’apéros saucissons vin rouge et le faux problème de l’intégration des musulmans en France utilisé uniquement à des fins électoralistes, les tensions inter-religieuses prennent une autre forme en Inde, pays qui compte plus de 160 millions de musulmans. L’Inde – pays qui bénéficie encore aujourd’hui de son image pacifiste et tolérante, Gandhi étant passé par là –  est probablement un foyer où la violence dépasse l’entendement lorsqu’à de rares occasions les choses s’enveniment. Comment la dispute autour d’un terrain a-t-elle pu terminer en carnage dans le Rajasthan il y a un mois?

Le 14 septembre dernier, Maulana Rashid, 27 ans, garagiste dans sa boutique d’Andhwadi dans le Rajasthan, s’était rendu à Gopalgarh. Une fois ses affaires terminée en fin d’après midi, il s’est rendu à la mosquée d’Aisha pour aller prier avant de rentrer chez lui. Cette décision lui a coûté la vie. A 17h, des violences sans précédent ont explosé dans le village de Gopalgarh autour de la mosquée. Rashid, comme 8 autres personnes, a été tué par balle à l’intérieur du lieu de culte. Ces 9 morts sont issus de la communauté Meo (musulmans Rajputs du nord de l’Inde), tandis que 30 personnes ont été blessées parmi lesquelles on comptait 26 musulmans Meo et 4 Gujjars (des Hindous du nord de l’Inde).

Impact de balles après la fusillade sur la façade de la Mosquée de Gopalgarh, Rajasthan, Inde

Tout a commencé le 13 septembre après que les Gujjars on reçu un ordre leur demandant de céder 12 bighas* d’un terrain disputé, qu’ils occupaient illégalement (*une unité de mesure utilisée au Bangladesh au Népal et dans certains états indiens et dont il est difficile de connaître la valeur qui varie selon les états…). D’après Noor Mohammad, un habitant de Gopalgarh, environ 12 bighas ont été achetés en 2000 pour construire une mosquée à ciel ouvert (comme on peu en voir à Ahmedabad) et un cimetière. La mosquée était destinée aux habitants des 38 villages alentours. Une partie de ce terrain a été récupérée par les Gujjars qui ont alors déclaré qu’il s’agissait du leur. Les musulmans Meos ont déposé plainte à la cour du district de Pahadi pour contester cette occupation. C’est ainsi que le 13 septembre, les Gujjars ont reçu l’ordre d’évacuer le terrain. En réaction, quelques Gujjars un peu agités se sont rassemblés à proximité de la mosquée et ont tabassé Abdul Rashid, l’Imam de la mosquée. Le groupe déclara que jamais ils ne quitteraient le terrain. Les Meos qui ont eu vent de ce qu’on avait fait subir à leur Imam, se sont retrouvés à la mosquée, tandis que les Gujjars se sont retrouvés chez Abu et Sher Singh, les leaders locaux Gujjars de Gopalgarh. De nombreux coups de feu ont été tirés en l’air des deux côtés. Les leaders qui voyaient que la situation pouvait leur échapper ont suggéré de se rendre au commissariat de police pour résoudre le conflit. Des équipes de 5 personnes représentant chacune des 2 communautés ont été choisies pour aller mener les pourparlers à la police. Sher Singh, leader de la communauté Gujjar locale a même accepté de présenter des excuses à l’Imam. C’est à partir de là que d’après les Meos, d’autres leaders Gujjars des environs ont lancé la rumeur que 4 Gujjars avaient été tués et qu’aucun compromis ne serait possible. Cette fausse information a pris comme une traînée de poudre et en un rien de temps la tension fut à son comble dans le village. Les musulmans reprochent aussi les leaders Gujjars, aidés d’un bon nombre de policiers de la même communauté, d’avoir forcé la signature d’un ordre autorisant à ouvrir le feu. La mosquée fut alors encerclée par des camionnettes anti-émeute de la police, puis les Gujjars ont délibérément attaqué la mosquée. Dans la fusillade qui a duré quasiment une heure, neuf musulmans Meos se sont faits tuer, et une trentaine blessés. Ce qui fut le plus choquant, ce sont les corps calcinés qui ont été trouvés, entre 3 et 5. Les corps ont été brûlés puis jetés dans un puits à proximité de la mosquée. De nombreuses échoppes d’artisanat ont également été incendiées. Les Meos accusent la police locale d’avoir agi en étroite collaboration avec les Gujjars dans la réalisation de ce carnage. Les policiers ont nié cette accusation, affirmant qu’ils n’avaient fait que tirer en l’air pour prévenir l’émeute et disperser la foule…

Traces des corps trainés hors de la Mosquée de Gopalgarh, Rajasthan, Inde

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A propos kharwest

Nous sommes partis découvrir comment on vivait dans le sous-continent indien. Résultat des courses, une installation à Bombay dans le quartier de Khar West.
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