La Voisine – effets de la mousson suite et fin

Alors que Laurence lisait tranquillement son bouquin (Notre Poison Quotidien, Marie-Monique Robin dont on recommande la lecture) dans la chambre et que je m’apprêtais à m’allonger à ses côtés, ma première main posée sur le lit me procura une sensation étrange, le lit était bel et bien mouillé. Sur le ton de la blague j’adressais à Laurence une phrase lui signifiant mon dégout. Comme on pouvait le découvrir dans la vidéo de l’article précédent, les gouttes qui venaient s’écraser sur le matelas et sur le sol étaient aussi régulières que dangereuses. Avoir des fuites au pays de la mousson n’est pas un fait rare, en revanche que l’eau s’écoule au travers des installations électriques, précisément par le ventilateur et la lumière, là, on n’est plus très loin du drame. Si l’eau vient d’en haut allons y voir de plus près. Cette pluie de Bombay lourde et généreuse que nous ne subissions pourtant qu’en début de mousson nous a alors offert du divertissement. Nous ne pouvions pas sortir dans la rue car nous n’étions pas encore parés pour affronter la pluie, parapluie et k-way intégral sont de rigueur, nous avons alors décidé d’aller frapper à la porte de notre voisine du dessus, la source de nos ennuis.

Nous avons parcouru les marches souillées du premier au deuxième étage. La peinture qui a été faite en octobre dernier et qui s’arrête nette après notre porte, faute d’argent, est déjà écaillée et se décolle du mur en lambeau. La propreté des immeubles s’arrête au seuil des portes des appartements, le reste c’est l’espace commun, au même titre que la rue. Si la femme indienne de la middle class  assistée de sa maid se doit de garder l’appartement d’une propreté irréprochable, le seuil de la porte ainsi que les parties communes de l’immeuble peuvent très bien être dans un état lamentable, entre tâche de gras qui ont coulé d’un sac poubelle et qui ont profondément imprégné le sol, cafards gigantesques qui ont agonisé sur le dos car incapables de se remettre à l’endroit ou encore traces suspectes de sang sous un piège à rat dans lequel on devine une masse de poils dans une semi-obscurité…

La voisine du dessus nous a d’abord ouvert sa première porte, car ici, il y a toujours deux portes. La première a en son milieu une grille et la seconde sert à fermer complètement l’appartement. Elle découvre donc deux blancs lui demandant ce qu’il se passe car l’eau est venue perturber leur quotidien. Elle comprend notre embarras, mais nous remet aussitôt à notre place en nous introduisant dans son monde. La seconde porte s’ouvre à nous puis elle nous invite à voir ce qu’il se passe dans son appartement. La vision de son salon est cauchemardesque. Sur un des murs, trois étagères un peu inclinées à cause du mur humide et trop tendre créent les conditions parfaites pour faire une cascade à trois niveaux. Du plafond, une source d’eau jaillit, et vient sauter d’une étagère à l’autre jusqu’à venir s’écraser sur le sol venant nourrir une large flaque au centre de la pièce, précisément au même endroit où l’eau s’écoule chez nous. L’appartement sent le moisi à plein nez, des bidons d’eau vides, une dizaine au total, sont alignés contre un mur, et dans un coin des valises bien remplies siègent à proximité de la flaque. Elle nous a alors décrit ses conditions de vie car cela fait 3 ans que cela dure, et rien n’a changé depuis. Le problème vient bien entendu de l’étanchéité du toit. Mais le travail a été fait trop vite n’apportant aucune solution au problème. A chaque mousson, et plus particulièrement quand celle-ci s’intensifie, en juillet et en août, l’eau envahit littéralement son appartement. Dans sa chambre, elle se met d’abord sur le côté du matelas pour éviter d’être sur la trajectoire de l’eau, puis quand cela devient trop abondant elle doit se mettre assise dans un coin où il n’y a pas d’eau, puis essaye de trouver le sommeil… Les placards ne servent plus à rien, les habits n’auraient d’autres destinées que de devenir des éponges. Du coup, ces valises qui trônent devant la mare du salon, sont utilisées pur stocker les affaires et les épargner du pourrissement. Une année, pour essayer de limiter les infiltrations, une bâche à été posée sur le toit. Le problème fut différent, car cette bâche favorisa la création d’une petite retenue d’eau stagnante foyer des moustiques porteurs de la malaria et de la dengue… Jusqu’à présent, il ne pleut pas encore trop cette année, pourvu que ça dure…

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A propos kharwest

Nous sommes partis découvrir comment on vivait dans le sous-continent indien. Résultat des courses, une installation à Bombay dans le quartier de Khar West.
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Un commentaire pour La Voisine – effets de la mousson suite et fin

  1. Ségo dit :

    Euh… C’est dans votre nouvel appart’ ça? (c’est pour que je me prépare psychologiquement :-))

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