Red-light district de Bombay – Kamathipura un sacré bordel !

Une de mes promenades m’avait amené dans un quartier particulier de Bombay, celui de Kamathipura. C’était dans des circonstances extrêmes car les frissons de la tourista me parcouraient l’échine et j’accélérais alors le pas pour conclure ma balade et trouver le chemin de la libération. Pas aussi violent que les effets néfastes d’une bactérie E-coli en pleine mutation, j’ai retrouvé la sérénité assez rapidement finalement.  Mais, le calme venu, je levais les yeux et découvrais une rue remplie de prostituées. J’étais en plein cœur de Kamathipura, le plus grand red-light district du monde paraît-il. De petites cases  ouvertes sur la rue et protégées d’un vulgaire rideau élimé qui vise à protéger le regard inquisiteur des passants servent à recevoir les clients. Les travailleuses sont sur la chaussée ou bien assises par terre en train de discuter avec leurs collègues.

Tout à coup, il y a eu un attroupement dans la rue, les curieux attendaient et regardaient en direction d’un immeuble, la police était là, peut-être faisait-elle une descente dans l’un des brothels, comme ils appellent ici les maisons closes. En tout cas, il s’agissait d’un immeuble entier de 3 étages avec balcons filants et une activité débordante, des enfants jouaient devant la porte de leurs mères probablement occupées avec un client, d’autres étendaient leur linge… Pour se faire une idée de l’ambiance de ce genre d’endroit voici un lien vers une autre photo prise il y a une dizaine d’années, ici.

Ce quartier qui fut construit par les Anglais pour leurs troupes était désigné à l’époque comme la « comfort zone » officielle. Aujourd’hui la pression sur l’immobilier menace ce quartier historique. Une lutte s’est engagée car l’arbitrage est de taille.  Que choisir entre laisser le quartier tel qu’il est avec la « soupape sociale » qu’il représente et construire de vastes bureaux, business le plus lucratif ces temps ci à Bombay ? A ce jour, il est clair que cette zone reste un vivier de trafics diverses et variés, en particulier le trafic humain. Il est courant que des femmes soient vendues par des personnes malintentionnées ou parfois par leur propre famille à court d’argent ou encore  ces mêmes familles effrayées de devoir un jour payer une dot lors d’un futur mariage…

C’est d’ailleurs le commencement de l’histoire de Gangubai rapportée par  S. Hussain Zaidi et Jane Borges dans un livre assez intéressant paru en Mars 2011 et qui s’intitule « Mafia Queens of Mumbai – stories of women from the ganglands ». Gangubai a été vendue lors de sa jeunesse et a fini par devenir la Matriarche de Kamathipura, gérant un vaste réseau de prostituées. Elle a su se battre pour défendre la prostitution, allant s’entretenir sur le sujet auprès des plus hautes instances de l’Etat. D’après ce qu’on raconte elle aurait rencontré Nehru en personne pour plaider la cause des prostituées. Aujourd’hui encore apprend-on dans le livre, dans les chambres des prostituées on peut trouver une photo de Gangubai avec des fleurs et des bougies allumées, elle est devenue une sorte de déesse. Pour les plus courageux, et les anglophones, je voulais retranscrire un discours étonnant qu’elle a donné lors d’une Conférence sur les femmes qui réunissait partis politiques, ONG et autres organisations. Voilà son discours (Mafia Queens of Mumbai – stories of women from the ganglands, éd. TRANQUEBAR  p.84-85): “I am a gharwali (a brothel madam) not a ghar todnewali (home wrecker). Several people among you look at this title as a stigma on womanhood but it is the stigma that has saved the chastity, integrity and morality of several thousands women. […]Unlike other cities of India, the streets of Mumbai are far safer today. You will rarely hear an incident where a girl is sexually assaulted on the roads. I don’t want to take away any credit from the city’s administration but I also firmly believe that the notorious women of Kamathipura should be partly credited for this. We are only second to legitimately married gharwalis (housewives). By giving ourselves to the carnal pursuits of men, we are doing a big favour to all the women in society. A few handful women who cater to the physical needs of men are actually protecting all of you to the physical needs of men are actually protecting all of you from being attacked. These women help blunt the bestial male aggression, which is something that cannot be done in my hometown in Gujarat. You might think that we enjoy doing what we do. Believe me, it is not easy for us. Most of us are forced to do this because we have families to look after. It shames me to learn that society look down upon its very protector. Just like jawans (soldats) of our country, who fight endlessly in the battlefield so that you remain unharmed, we prostitutes too, are fighting our own battles every day. Then why the difference? Why a jawan is rewarded and given national honours, while prostitutes are insulted and treated like pariahs? Give me an answer. […]Nobody will have an answer, because you all are responsible for creating this question in the first place. The only solution to the problem is by treating sex workers as equals. The day you manage to do this, I will believe that society has achieved “women empowerment”. If an orthodox city like Hyderabad can name its red-light area Mehboob ki Mehndi (the henna of the beloved), why does “Kamathipura” draw expression of disgust in this so-called “forward-looking” city of Bombay? Before I end, I would like to draw one last parallel. We all keep at least one toilet in our homes so that we do not defecate or urinate in other rooms. This is the same reason why there is a need for prostitution belt in each and every city? I’d like to make a humble plea to the government to allow red-light areas to co-exist in society.”

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A propos kharwest

Nous sommes partis découvrir comment on vivait dans le sous-continent indien. Résultat des courses, une installation à Bombay dans le quartier de Khar West.
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4 commentaires pour Red-light district de Bombay – Kamathipura un sacré bordel !

  1. Ping : Le Mangaldas Market, paradis des femmes…enfer des hommes! | kharwest

  2. paristoindia dit :

    Est-ce que c’est safe pour une jeune femme expat’ de se « balader » dans ce quartier, (en journée, j’entends bien) ?

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