Le paradis, le purgatoire et… le train de nuit en 3ème classe

Comme je le disais dans le précédent post, nous sommes allés découvrir les splendeurs du Maharashtra pour le week-end de Noël. Je reviendrai plus tard sur ce qu’on a vu, mais avant ça je vais partager avec vous l’expérience que nous avons eue du train.

En premier lieu, se procurer un billet de train pour quitter Bombay pendant la saison touristique dont profitent largement les indiens, relève déjà de l’exploit. On s’est rapidement aperçu qu’il y avait des billets à acheter mais sur liste d’attente qui comptait quasiment plus de 200 personnes. Je dois avouer qu’en allant sur Internet j’avais lu WL 187 sur le train qu’on voulait prendre et je me suis dit:  bien, on a de la marge il reste 187 places, et non, c’était « Waiting List » 187ème position… Grâce à Laurence qui par un collègue a eu le numéro de téléphone d’une personne qui pouvait avoir des billets confirmés et non WL, nous avons pu sauver notre week-end… C’est un nième système parallèle qui permet malgré tout d’avoir son billet, mais évidemment il faut payer plus comme partout en Inde pour obtenir quelque chose. Nous avons pu donc partir sans encombre le jeudi soir avec un retour prévu toujours en train de nuit, le dimanche soir. Nous devions recevoir le billet confirmé par mail pour le retour le dimanche même, 6 heures avant le départ, c’est là que les choses se sont compliquées…

Inquiets de ne pas avoir reçu notre sésame pour Bombay à 17h, Laurence a appelé pour savoir où était ce fameux billet. La personne a répondu qu’il n’avait pas les billets confirmés car son père était mort. Il a fallu agir vite car Laurence devait être à son boulot le lendemain matin 9h30. Du coup, direction la gare d’Aurangabad pour voir s’il n’était pas possible de prendre un billet au moins sur liste d’attente en 2ème classe couchette et au pire on monterait dans le train et on paierait l’amende. On est arrivé devant 4 files indiennes (ha!ha!) d’au moins 100 personnes chacune qui patientaient devant les guichets. Heureusement s’est opérée l’une des multiples choses que je ne comprends pas en Inde, en même pas 10 minutes nous étions en train d’acheter nos billets… Mais comme il n’y avait plus de places en 2ème couchette, nous avons du prendre un billet en troisième classe. La particularité de cette classes est la suivante, il n’y en a pas de plus basse, elle est très bon marché (1€ les 350km), les billets sont vendus à autant de gens qui souhaitent prendre le train, c’est-à-dire aucune restriction sur le nombre de voyageurs par wagon dans cette classe, classe de la dernière chance pour nous…

Un aller retour à l’hôtel pour manger et prendre nos sacs avait suffi au train à prendre 2h30 de retard. En parlant de retard, je lisais dans le journal hier que 208 étudiants ont fait ce week-end un voyage de 42 heures pour faire Bombay-Delhi avec seulement 8 places confirmées… En tout cas ce retard nous a été utile pour élaborer notre stratégie, à savoir comment réussir à entrer dans un train surpeuplé. L’ambiance de la gare était particulière, la plupart des gens n’inspiraient pas confiance. D’autant plus que les nuits un peu fraîches ces jours-ci contribuent à rendre les individus étranges, ils sont en errance sur le quai enroulés dans des couvertures de fortune pour se protéger du froid, l’œil hagard…

Après une longue hésitation pour savoir s’il valait mieux aller en couchette surpeuplée ou en troisième classe sur-surpeuplée, nous nous sommes dit que dans les deux cas il nous serait impossible de dormir, nous avons donc décidé de rester dans la légalité et de monter en troisième classe. Le train a fini par arriver 2h15 après l’horaire initial. Le train s’arrête, les voyageurs se pressent autour des portes, ceux qui descendent peinent à fendre cette masse humaine dans laquelle plus un seul espace d’air existe et qui n’a qu’un seul objectif, monter dans le train. On s’accroche là où on peut pour bloquer sa position, la pression est forte, on s’agrippe sur des prises pour essayer d’avancer alors que derrière les gens s’impatientent et crient « Tchalo ! Tchalo ! » (Allez-allez) de peur que le train parte sans eux. Un premier pied vient fouler l’intérieur du train, suivi du second, c’est gagné, première victoire qui assure au moins d’arriver à destination. Mais à l’intérieur une autre lutte s’engage, elle pourrait s’intituler : la conservation de l’espace vital…

Dans le wagon du peuple il y a l’humanité toute entière qui voyage, avec ses bagages, ses odeurs, son chaos indescriptible. Nous avons tenté une percée alors que le train commençait tout juste à partir pour échouer au bout d’un mètre dans le premier compartiment (il s’agit de wagons dont le couloir longe des compartiments ouverts), après ça plus possible d’avancer, trop de monde. Un punjabi a fait une toute petite place sur la banquette en bois et Laurence devenait la 6ème personne à s’assoir de ce côté ci. Sur la banquette qui lui faisait face il y avait déjà 6 personnes également assises dont deux enfants profondément endormis. Au dessus des banquettes, les deux emplacements normalement utilisés pour les bagages étaient occupés par 4 personnes suspendues au dessus de nous. La partie couloir, également surpeuplée, laissait apercevoir dans la perspective des gens fatigués assis à l’indienne,  des membres inertes qui pendaient dans le vide sortis de nulle part. En résumé, nous étions 23 sur 4.5m2. Le voyage commence debout et au bord de l’épuisement les gens se mettent par terre au fur et à mesure. Il ne s’agit pas d’avoir envie de se gratter le pied, sans quoi il faut mobiliser 4 ou 5 personnes pour qu’elles libèrent un minimum d’espace pour pouvoir le dégager. Nous utilisions avec Laurence à tour de rôle notre précieuse place pour trouver un peu de confort sur la banquette en bois. Il était possible d’y trouver un repos tout relatif. Côté gauche, un homme était collé à nous, mais il usait de sa position pour caresser de manière très discrète et incommodante la poitrine de Laurence, vilain ! Un peu agacée par cet abus, elle me propose de tourner et que j’occupe un peu la place assise. A ce moment là, c’est le jeune punjabi côté droit qui passe sa main derrière mon dos et me caresse la fesse. Je lui lance un regard noir, tout en arrêtant il me fait un sourire plein de satisfaction…

Parfois pendant d’un tel voyage vient l’envie urgente d’aller aux toilettes. Des gens se pressent en marchant sur les autres pour rejoindre le bout du wagon. Manque de chance, il y a tellement de gens que des personnes s’enferment dans les toilettes pour avoir de l’espace et dormir. L’envie est tellement pressante qu’on entend rapidement des cris suivis de lourds tambourinements désespérés sur la porte. Les toilettes offrent une odeur qui ferait s’évanouir plus d’un. A l’arrêt du train, les odeurs d’urines et d’excréments envahissent le wagon. Il y a alors comme un suspense, quand est-ce que le train va repartir, pour qu’au moins cette odeur s’en aille ! Ce qui est surprenant c’est l’endurance des indiens à ces odeurs. Cela dit, un moment, une odeur plus forte que les autres a pris le dessus. Nous étions rassurés, tous les gens se sont couvert le nez pour ne pas avoir à respirer l’odeur insupportable…

L’arrêt dans les gares nous a fait assister à une injustice qui m’a fait mal au cœur. Une famille nombreuse d’au moins 8 personnes attendait sur le quai depuis au moins 2 ou 3 heures vu le retard qu’on avait. Le train a marqué l’arrêt vers 2h du matin et la famille chargée de couvertures, de bagages  et autres timbales en métal a essayé de monter. Les gens ont bloqué les portes, et cela dans chacun des wagons, ne laissant pas d’autre choix au père de famille que de faire exploser sa rage et sa colère. Prenant à témoin notre compartiment, situé derrière la porte, il était sur le point de casser la vitre avec une chaussure tout en nous insultant, alors qu’on ne pouvait pas se déplacer d’un centimètre. Femmes et enfants le suivaient en poussant des cris, jusqu’à ce que le train reparte, la famille est ainsi restée à quai… Mais certaines gares réservent de bonnes surprises,  vers 4h du matin, nous avons abordé la ville de Nashik qui est dans une zone productrice de raisin. Tous les vendeurs d’eau, de thé, de couvre oreilles et autres viennent aux fenêtres proposer leur produit jusqu’à ce que le train se mette en branle. Quelques minutes après être repartis, un indien très sympathique me donne du raisin que j’ai mangé avec une avidité extrême. Il avait l’air aussi content que moi. En fait pendant ce voyage, la plupart des indiens qui étaient là ne comprenaient même pas pourquoi des blancs étaient dans ce compartiment, chose inhabituelle pour eux.

Après 7 heures de trajet, le train est arrivé à Bombay, mission accomplie, Laurence était toute fraîche pour se rendre au travail à l’heure!

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A propos kharwest

Nous sommes partis découvrir comment on vivait dans le sous-continent indien. Résultat des courses, une installation à Bombay dans le quartier de Khar West.
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6 commentaires pour Le paradis, le purgatoire et… le train de nuit en 3ème classe

  1. Jp dit :

    Enfin vous êtes en Inde ! Ouf !

  2. Fanny dit :

    Allez avoue, Laurence n’a pas pu s’empêcher de rire en douce quand tu as jeté ton regard noir au gentil punjabi…

  3. Em&M's dit :

    Quelle horreur… j’ai la nausée! Merci Pierre, je venais juste de récupérer d’avoir ingurgité tant de nourriture et bu tant de vin. Franchement, vous vous en souviendrez de ce week end dans quelques années! En racontant cette aventure, certains de vos convives vous remercieront peut-être de leur avoir donné la nausée entre la 24ème huître et la 5ème tranche de foie gras !
    Bises

  4. Seg dit :

    Il fallait le faire, vous l’avez fait… Bravo! vous allez nous faire aimer la SNCF 🙂
    Très bonne année à vous, pleine de bonheur, de surprises et découvertes!
    Bises à tous les deux

  5. Ping : Invitation au voyage – le train en Inde | kharwest

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