Enfin chez nous

L’architecture est variée à Bombay depuis les vielles maisons coloniales décrépites jusqu’aux tours de Babel bien peuplées en passant par les logements de fortune dressés sur le bord de ruelles sombres dans lesquels on peut apercevoir des familles avec en fond une télévision qui passe les derniers tubes des grosses productions Bollywoodiennes.

Nous avons atterri dans un logement années 70’, pas comme en France, mais à la saveur locale. Un bâtiment simple de deux étages et construit dans un béton bien rongé par les pluies abondantes apportées par les moussons. Chaque fenêtre a d’ailleurs un petit auvent pour protéger de la pluie mais aussi un grillage. On n’a pas encore élucidé la signification de ces grillages mais d’après moi c’est pour éviter que les corbeaux, particulièrement nombreux ici et d’une extrême agilité ne s’introduisent chez les gens. C’est un 1 BHK (Bedroom – Hall – Kitchen) que nous occupons.

A notre arrivée, le propriétaire n’avait pas encore terminé de faire les travaux. Avant même d’avoir signé le bail – qui nécessite signatures, prises d’empruntes digitales, collages de photos d’identité, xerox (c’est comme ça qu’on dit photocopie ici) du passeport, de la lettre d’embauche de Laurence, de la carte d’identité du propriétaire et de sa PAN card (un truc super compliqué à avoir en Inde, ça correspond à un numéro fiscal, c’est pour payer ses impôts), à la suite de quoi on peut enfin enregistrer le document auprès des autorités administratives de la ville de Bombay et enfin le faire cacheter par le commissariat de police du quartier – nous avons supplié le propriétaire de nous laisser nous installer. Nous séjournerions dans le salon pendant que les ouvriers termineraient les travaux dans la chambre et la cuisine. Six indiens pour retaper une chambre, l’affaire de trois jours. Mais c’était sans compter les moments de pause. J’ai découvert, seulement à la fin des travaux, c’est-à-dire après plus d’une semaine de cohabitation, pourquoi ils fermaient la porte pour travailler. Je pensais naïvement qu’ils voulaient éviter les odeurs de peinture fraîche d’envahir tout l’appartement. En réalité, dans l’entrebâillement de la porte, je découvris un homme allongé sur le lit qui dormait à point fermé tandis qu’un autre sagement assis, les yeux remplis de sommeil, attendait patiemment son tour. Ça m’a fait penser aux travailleurs acharnés à la fin d’Astérix en Corse.

La première nuit s’est passée sans encombre, sauf qu’au petit matin, j’entends Laurence qui d’une voix pressante m’appelle depuis les toilettes. Je me retourne dans le canapé lit, mais elle insiste. Je me lève pour la voir se battre avec des toilettes enflammées. Laurence jetait de l’eau sur la cuvette qui avait littéralement pris feu. On appelle les propriétaires pour leur annoncer la nouvelle. Comme c’était quelques jours avant Diwali, Laurence trouve une explication improbable en expliquant qu’une fusée d’artifice a du passer par la fenêtre … Finalement plus tard dans la matinée, les propriétaires passent pour voir ce qu’il s’est passé. Ils tombent sur un tableau impressionnant :

Sorti de son contexte, comme me l’a suggéré Nael, on aurait pu écrire la légende suivante : « De l’effet des épices orientales sur le système digestif occidental ». En fait c’est un interrupteur qui n’aurait pas du être allumé qui a déclenché l’échauffement du moteur de l’aération sur la petite fenêtre au dessus des toilettes et qui a fondu sur le réservoir d’eau entièrement en plastique et qui s’est lui-même enflammé pour venir couler sur la cuvette. Il faut savoir que les indiens sont des fanatiques d’interrupteurs. Dans le salon qui fait 10 m² nous avons compté : 18 interrupteurs, 12 prises et deux régulateurs de vitesses pour un ventilateur et son petit frère (il est assez ridicule d’ailleurs, les pales doivent mesurer 20 cm à tout casser). Il y a même un interrupteur pour allumer un néon dans un placard… Tout ça pour dire qu’on a allumé le mauvais interrupteur sans savoir les répercussions d’un tel acte ! En fin de journée, la salle de bain était remise à neuf, et nous avions désormais appris à comprendre le fonctionnement des interrupteurs indiens.

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A propos kharwest

Nous sommes partis découvrir comment on vivait dans le sous-continent indien. Résultat des courses, une installation à Bombay dans le quartier de Khar West.
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Un commentaire pour Enfin chez nous

  1. Em&M's dit :

    J’ai toujours su que Laurence était pyromane ! Une bonne poilade cette description de votre chez vous! MERCI ! On attend le reste des photos de votre palace !

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