Recherche d’Appart

La recherche d’un appartement a largement occupé nos deux premières semaines. Nous étions d’autant plus motivés de trouver un logement que la chambre d’hôtel dans laquelle nous résidions avait un taux d’humidité proche des 400%. La solution aurait pu être de garder les fenêtres grandes ouvertes mais les moustiques s’invitaient dans notre chambre, en plus il est aussi arrivé que les habitants des petites cabanes de fortune entre l’hôtel et les voies ferrées fassent bruler quelques déchets nous contraignant à garder les fenêtres fermées.

Le lendemain de notre arrivée un rendez-vous était déjà fixé avec Sushil notre broker, l’homme providentiel qui devait nous trouver un appartement mais pour combien de temps ? Appelez un agent et c’est tout Bombay qui vient participer à votre quête. Nous avons rapidement découvert la fine équipe : Sushil accompagné de son bras droit Ashok que nous avons rapidement rebaptisé Charlie à cause de son pantalon trop long qu’il piétinait en permanence avec des pantoufles en velours hors d’usage et sa posture aléatoire et enfin Lino, également un surnom, car nous n’avons jamais réussi à savoir comment il s’appelait mais il avait ce nez spécifique de certains boxeurs… Par ailleurs il parlait peu et était essentiellement chargé de conduire dans le chaos urbain.

Nous avons ainsi sillonné les quartiers de Bandra, Khar et Santa Cruz à la recherche de notre Eldorado. La visite d’appartements ne laisse aucun répit, c’est un marathon où en l’espace de quelques heures on peut en visiter jusqu’à cinq situés dans des quartiers différents. On essaye de prendre du recul, de se demander si cela convient, mais impossible de réfléchir, le broker et ses deux larrons veulent vendre leur cam : des « Do you like it ? » répétés comme une rafale de mitraillette, ne donnant qu’une seule envie, quitter le lieu au plus vite. Nous avons fini par arrêter notre choix sur trois appartements, il nous a fallu rencontrer les propriétaires pour négocier le loyer et offrir nos jolis sourires d’occidentaux. Avant de trouver chaussure à notre pied, nous avons rencontré deux propriétaires qui chacun à sa manière nous a refroidi.

Le véreux
Le rendez-vous était fixé en fin de matinée. Après avoir patienté devant le bureau du propriétaire, dont on entendait les cris – il engueulait très certainement quelqu’un – nous avons été reçus dans une pièce exiguë occupée par une longue table qui obstruait la majeure partie de l’espace. L’appartement était doté d’appareils électroménagers flambants neufs (blanchiment d’argent ?): un frigo et une machine à lavée avec une contenance de 15 kg, adapté pour une famille indienne probablement mais surtout encombrante pour deux personnes. Son broker qui avait refilé le plan à notre broker nous avait dit que si nous désirions faire quelques modifications dans l’appartement, il n’y avait aucun problème. Nous avons donc tenté de négocier une baisse de loyer et de caution et aussi de faire retirer une séparation un peu dérangeante entre la cuisine et le salon. C’était non à tout. Résigné on accepte quand même car un appartement nous avait déjà filé sous le nez : des gens qui vivent en concubinage sans être mariés, c’est intolérable ! C’est alors que le propriétaire qui attend son avance pour bloquer l’appartement, nous propose son deal, vous payez 25 000 Roupies (env. 350€) en cash et 20 000 Roupies (env. 300€) en chèque chaque mois. C’est pour des histoires d’impôts vous comprenez ? Ce fut le moment de jouer la carte de la réflexion, nous nous sommes levés poliment en promettant de rappeler dans l’après-midi. Sushil a vite compris que le propriétaire nous avait fait le plus mauvais effet…

Le vertueux
On devait visiter un appartement dans la Jolly Friends Society, mais le propriétaire n’était pas là. En revanche une brokeuse sortait tout juste du bâtiment et nous propose de visiter un autre appartement un étage en dessous, on était là pour ça, pourquoi pas ? Appartement remis à neuf dans un endroit calme à un prix raisonnable, cela nous a tout de suite séduits, le rendez-vous avec le propriétaire a été fixé dans la foulée. Le propriétaire est arrivé avec une heure de retard vers 22h. Charlie, Lino et la brokeuse nous accompagnaient pour la nouvelle épreuve. Charlie avait son accoutrement habituel avec comme touche finale des traces douteuses sur la braguette de son pantalon. Le père du propriétaire était le premier sur les lieux, un vieux monsieur en kourta nous a donc ouvert la porte en attendant que son fils arrive. Un homme à l’allure distinguée fait son entrée et sert la main de Charlie qu’il connaissait déjà pour avoir fait des affaires ensemble dans le temps. Charlie s’est crispé tout à coup à la vue de cet homme qui ajouta d’une manière froide « You’ve changed a lot », comme pour insister sur le mépris qu’il avait pour cet être et ce qu’il était devenu. Il nous a fait assoir sur le seul meuble de l’appartement, un lit, tandis que lui regardait les deux étrangers et leurs trois brokers de toute sa hauteur les bras croisés. Encore plus intimidant et humiliant que certains entretiens d’embauche. La conversation s’est vite orientée vers les détails techniques, à savoir le contrat de mariage, puisque nous lui avions assuré que nous étions mariés. Laurence explique que notre contrat de mariage était dans un carton en France chez sa mère et que ça allait être compliqué de le récupérer. Le propriétaire annonce tout de suite la couleur, il ne sait pas s’il peut louer cet appartement à des gens dont il n’a pas la certitude qu’ils sont mariés, question de réputation. En chœur, les trois brokers bafouillent qu’il est possible de signer un papier juridique indien comme quoi Laurence me reconnait comme son époux légal en France… A son tour le propriétaire dit qu’il doit consulter son avocat. Il explique ensuite que si nous réunissons les documents il lui faudra organiser un rendez-vous avec les membres de la Society, une sorte de grand oral pour vérifier la compatibilité entre les nouveaux locataires et l’esprit harmonieux qui doit régner dans la Jolly Friend Society. Cet épisode a marqué un sentiment d’exaspération puis de désespoir tant il semblait impossible de trouver un appartement dans des conditions acceptables pour nous.

L’Eldorado
Nous avons finalement atterri dans un appartement dont les propriétaires sont très sympas. Devant l’immeuble où l’éclairage est faible, comme signe annonciateur de notre bonne fortune car nous n’avions pas encore l’appartement, je foulais du pied gauche ma première bouse. Est-ce que la bouse de la vache sacrée l’est aussi ? Nous sommes donc installés à Khar West et ça nous plaît !

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A propos kharwest

Nous sommes partis découvrir comment on vivait dans le sous-continent indien. Résultat des courses, une installation à Bombay dans le quartier de Khar West.
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2 commentaires pour Recherche d’Appart

  1. Etienne dit :

    bravo pour l’appart et pour votre blog qui promet d’être bien dépaysant! bises etienn e

  2. Em&M's dit :

    Pfiou les poussins, ça fait plaisir de lire un dénouement heureux à la fin de ce post parce que le début commençait mal mal mal ! Et pour la crémaillère, vous invitez qui? Et sinon, on apporte quoi? Un faux contrat de mariage? Manon

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